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Présentation

Bon, me voilà lancée !! Une petite présentation peut-être ?   Je suis infirmière à mi-temps dans une fondation regroupant trois établissements publics, une maison de retraite et deux foyers occupationnels pour adultes handicapés mentaux, dans le Médoc (en Gironde). J'ai choisi un mi-temps parce que j'ai une spondylartrite ankylosante, plus précisément une maladie dégénérative des articulations qui de temps en temps m'handicape dans la vie de tous les jours (et aussi dans mon travail). Mais je fais avec ... Et, ma foi, j'aime suffisamment la vie pour profiter pleinement des heureux moments qu'elle peut m'offrir.

Dans ce blog, j'essaie de vous faire partager ma vie, mes envies, mes passions, mes coups de gueule, mes colères ...
J'ai commencé par quelques poèmes que j'ai écrits il y a plus de 20 ans. Ils ponctueront régulièrement le blog, ainsi que quelques écrits, et des photos de mon environnement. Je sais, tout cela est très narcissique, nombriliste mais c'est une expérience comme une autre (ça remplace le psy !!). 
Et aussi, je vous livre une trilogie en cours d'écriture depuis 2004. Mon idée est de faire trois romans pouvant se lire indépendamment les uns des autres mais se situant à la même époque et proposant des personnages différents qui ont néanmoins plus ou moins un lien les uns avec les autres.


Je vous souhaite une bonne lecture ...

Mercredi 27 juin 2007




                                        Sylvian était fatigué, énervé, en colère, mais aussi anxieux, pour ne pas dire anxieux. Depuis douze heures qu’il côtoyait l’Envoyé du WOE, il n’avait pas eu un moment de répit. Elle voulait tout connaître, tout savoir de ses travaux sur l’écosystème local, de ses négociations avec les éco travailleurs, des échanges commerciaux existants avec la cité aquacole de Brau. Elle relevait systématiquement toutes les données qui n’étaient pas conformes aux lois du WOE. Ses réflexions étaient impertinentes, narquoises, toujours justes, autoritaires et à l’emporte pièce. Max Ponder en avait eu des sueurs froides toute la journée et ne passait pas une demi heure sans lever les yeux au ciel en signe d’exaspération. Aux multiples questions posées par la jeune femme, il répondait par un vague haussement d ‘épaules, et se tournait invariablement vers Sylvian pour que celui-ci donne de plus amples informations.

Sylvian qui aimait tant la tranquillité et le silence avait vécu un vrai cauchemar. Il avait tellement parlé que ses cordes vocales lui répondaient difficilement Il n’avait pu s’empêcher de pousser un soupir de satisfaction lorsque Hestia Deng Zi avait déclaré qu’il était temps pour tous d’aller se reposer.

C’est avec empressement que Sylvian s’était dirigé à grand pas vers le studio qu’il occupait quand l’importance de son travail nécessitait sa présence à Pauille. Il s’était allongé sur son vieux divan, une bouteille de bière locale à la main et essayait vainement de combattre les signes d’une migraine naissante. Se calmer, rester calme, ne pas penser à la journée de demain, se relaxer, s’imprégner d’une vision positive….

Son voilier, se souvenir du doux bercement que faisait naître le ressac du fleuve le long de la coque, de la chaleur alanguissante d’un crépuscule, des derniers rayons de soleil jouant dans les voiles flottant au vent…

Une sonnerie intempestive le fit sursauter. En grommelant il se leva et appuya sur la commande ouvrant les canaux de communication de sa centrale ordi…

-- Monsieur Ritteur, je ne vous dérange pas j’espère, s’annonça Hestia Deng Zi. J’ai pensé que nous pourrions dîner ensemble, nous pourrions ainsi planifier la journée de demain.

Sylvian fixait l’écran de son ordi avec une certaine hargne. Cette fille ne s’arrêtait donc jamais de travailler….

-- Non, je n’ai pas dîné,répondit il en laissant poindre dans sa voix une note d’exaspération.

--Très bien, je vous attends dans mes appartement. Nous y serons plus à ‘l’aise pour discuter de sujets qui vous concernent. J’ai commandé de quoi nous restaurer aux cuisines du réfectoire central. A tout de suite.

Fin de communication. Sylvian éteignit son ordi d’un geste rageur. Durant l’appel, elle n’avait pas daigné jeter un regard vers son interlocuteur, trop occupée à visionner des courbes et des graphiques économiques. Elle était si imbue de sa personne, de sa mission, qu’il ne lui était même pas venu à l’esprit qu’il n’avait aucune envie de partager un repas avec elle, et encore moins une discussion. Qu’avait elle voulu dire par « sujets qui vous concernent. »

Sylvian sentait de nouveau les prémices d’une migraine. Il se colla deux patches antalgiques dessous les oreilles, sortit de son studio et s’élança dans les escaliers, direction le premier étage, là où se trouvaient les appartements de l’Envoyée Du WOE.

A peine eut il frappé à la porte que celle-ci s’ouvrit sur un spacieux salon salle à manger.

-- Entrez, monsieur Ritteur, entrez.

Hestia Deng Zi finissait de dresser la table. A côté de celle-ci trônait une centrale ordi dernier cri, en plein travail d’analyse.

-- Monsieur Ritteur, je suis satisfaite du travail que nous avons effectuer aujourd’hui. Cela m’a permit de clarifier la situation, et de constater de nombreuses lacunes qui existent dans votre organisation.

-- Je …euh…

-- Asseyez vous. Quelques crevettes, elles sont très fraîches et excellentes. Un des multiples dons qu’offre Gaïa à votre secteur et que vous devriez améliorer, développer. Je n’arrive pas à comprendre comment avec de telles capacités votre land soit toujours déficitaire. Votre commerce avec la cité aquacole est très profitable d’après les chiffres que j’ai pu étudier, mais malgré tout, vous restez à la traîne Votre agriculture est poussive, pratiquement que vivrier, excepté la viticulture, qui elle obéit à des règles passéistes, votre industrie est pratiquement inexistante, et votre démographie…étonnante. Avez-vous des explications plus plausibles que celles que m’a données le Penseur Pondeur.

Sylvian fixait la jeune femme d’un regard qu’il espérait le plus neutre possible, mais il lui était de plus en plus difficile de se départir de ce calme apparent. La façon qu’avait Hestia Deng Zi de sauter d’un sujet de conversation à un autre le stupéfiait. Quelque soit le sujet, elle réussissait toujours à le ramener sur ses thèmes de prédilection, économie, développement, avec une brusquerie proche de l’autoritarisme. Une sourde colère bouillonnait en lui, mêlée d’une certaine angoisse.

-- Je ne…Max Ponder et moi essayait de faire du mieux possible…Les conditions de vie ici ne sont pas faciles. Les cyclones…

-- Vous n’êtes pas les seuls à vivre sous ses conditions. C’est une fausse excuse. Monsieur Ritteur, votre statut de « réfractaire » n’influencerait il pas votre jugement?

Nous y voilà, pensa Sylvian avec amertume et colère. Il inspira profondément, et répondit calmement.

--Mon statut de « réfractaire » n’influence en rien mon jugement. Que diriez vous si je supposais que les idées de votre père pourraient déteindre sur vous?

La jeune femme arrêta de décortiquer ses crevettes, le fixa durement. Son regard était froid, sa bouche crispée.

-- Ne me parlez jamais de lui, siffla-t-elle entre ses dents. C’est à cause de gens comme lui que votre land périclite. Les idées qu’il propage sont blasphématoires, elles vont à l’encontre des préceptes de Gaïa, à l’encontre de la sauvegarde de notre Terre. Vouloir négocier avec des terroristes et des extrémistes qui prônent l’évolution de l’homme par le biais de biotechnologies est une véritable infamie. Le jugement du Conseil a même était , à mon goût, trop clément…

Sylvian resta un instant ébahi devant le ressentiment qu’exprimait la jeune femme.

-- Qu’auriez vous souhaitez pour votre père? Que la peine de mort soit rétablie? Ou un bon lavage de cerveau avec incarcération dans un camps de réadaptation? Répondit il acerbe.

--Au risque de vous choquer,monsieur Ritteur, je crois que le lavage de cerveau et le camp de réadaptation auraient été une bonne décision, et je n’hésiterai pas à dénoncer toute personne partageant ses idées, lançant elle comme un avertissement.

Sylvian laissa échapper un soupir contraint. Il essaya un sourire de regrets.

-- Je vous prie d’excuser la vivacité de ma réaction, mais vous avez la chance de connaître un membre de votre famille, ce qui n’est plus mon cas. J’ai perdu mes parents très tôt, trop tôt…Un ouragan…Je n’en ai aucun souvenir…

-- Savez-vous d’où vient votre « gène réfractaire »? Votre père ou votre mère?

-- Apparemment aucun des deux. Leurs lignées génétiques étaient exemptes d’anomalies, mais ils travaillaient tous les deux avec la cité aquacole, au recyclage des matériaux de l’ancienne centrale nucléaire de Brau. Lorsque mon «  caractère réfractaire » a été découvert, les généticiens ont suspecté l’influence de radiations, mais cela n’a jamais été prouvé. Je pense plutôt qu’il s’agit d’une résurgence naturelle. J’ai entendu dire que, malgré les effort des conseils d’étique génétique, de plus en plus de cas de ce genre apparaissaient.

-- Ce ne sont que des rumeurs, le coupa sèchement la jeune femme, des rumeurs pour discréditer le travail et les lois du WOE.

-- Oui, bien sûr, marmonna Sylvian en s’essuyant la bouche. Je vous sers du riz, quelques légumes…

La jeune femme acquiesça en souriant.

-- Revenons en à vous, monsieur Ritteur. En tant que « réfractaire », vous ne pouvez fonder une famille, cela vous laisse tout le temps nécessaire pour vous occuper de votre secteur…Ce qui ne me semble pas être le cas, ou alors vous manquez de méthode. J’aimerai, pour connaître un peu mieux les raisons de vos échecs, visiter Pauille et ses environs. Peut être réussirai-je ainsi à comprendre vos erreurs de jugements et d’interprétations. J’ai établi un planning. Dés demain matin, la ville de Pauille, ses centres de productions et de stockages, l’aménagement des berges et le centre de gestion démographique. L’Après midi, inspection des différents complexes agro alimentaires, rizières vignes, fermes d’élevage, groupes céréaliers et maraîchers. Je vous laisse le choix de me présenter les centres que vous voulez. Entre temps, le Penseur Ponder devra prendre contact avec la cité aquacole et organiser une réunion de travail le plus rapidement possible. Je veux aussi jeter un coup d’œil à vos infrastructures, voix de communications, système de défense anticyclonique, aménagement du territoire…

La jeune femme s’interrompit devant l’air perplexe et narquois de Sylvian.

-- Qu’ai-je dis pour que vous réagissiez ainsi?

-- Je crains, Madame, que vous ne vous rendiez pas compte de la charge de travail qu’exigera cette journée, répondit Sylvian sans se départir de son sourire. Votre planning est certes intéressant, mais inapplicable sur une journée. Disons plutôt une petite semaine au minimum, si nous n’avons pas à essuyer entre temps quelques aléas météorologiques, ou diverses pannes mécaniques, ou un mécontentement intempestif de telle ou telle catégorie d’éco travailleurs, ou une soudaine épidémie de palu, ou un accrochage avec une bande de criminels, de pirates…Enfin, toutes sortes de petits contretemps qui font le quotidien d’un coordinateur écologique. Voyez vous, Madame, la théorie que l’on vous enseigne à l’École de Gaïa, bien que juste et intéressante, ne peut être appliquée à la lettre sur le terrain. Ici, vous êtes face à un facteur humain, émotionnel, dont l’inertie est proportionnelle au manque de motivation, et dont les actions, qui peuvent être parfois disproportionnées, sont la résultante de sentiments, d’émotions ou d’envies. Il faut savoir louvoyer pour maîtriser le tout, caresser dans le sens du poil, sinon, vous vous retrouver face à des situations ingérables que se soit au niveau humain, économiques ou écologiques. Pour pouvoir appliquer les lois du WOE, le Penseur Ponder et moi, sommes obligés de débattre, de discuter d’expliquer, maintes et maintes fois, avant que les gens en comprennent la nécessité et sachent l’appliquer convenablement. Et encore, quand nous ne nous heurtons pas à l’incompréhension dû aux poids des traditions, à la peur du changement, ou à l’impossibilité d’appliquer une loi à cause du climat, de la géologie ou des voies de communications vétustes et inexploitables. Rien n’est simple ici.

Pendant sa longue tentative d’exposer la réelle situation de son secteur, Sylvian n’avait pas détaché les yeux du visage de plus en pus contrarié de la jeune femme. Un beau visage, de type eurasien, encadré par de long cheveux, d’un noir de jais, une bouche pulpeuse, des yeux sombres au regard dur et lointain. Beaucoup de classe, mais tellement fier, hautain et autoritaire qu’il en perdait tout attrait, du moins pour Sylvian. Il n’avait pas su qu’elle contenance avoir au début de la conversation. Cette façade rigide chez la jeune femme l’avait complètement désarçonné. Il n’avait pas non plus l’habitude que l’on critique son travail. Il en parlait régulièrement avec Ponder, mais c’était toujours lui qui prenait les décisions finales. Devoir se justifier devant une jeune gaïennes l’avait irrité, d’autant plus que Ponder lui avait très clairement demandé de ne pas employer avec l’Envoyé, le langage direct et imagé dont il était coutumier. Mais au court de la conversation, la colère et le ressentiment aidant, son assurance était revenue, et avec elle une irrépressible envie de remettre à sa place cette jeune femme imbue de son pouvoir….Quitte à être réprimander par Ponder, ou à passer devant une commission de réadaptation.

La jeune femme en face de lui semblait déconcertée par la tournure que prenait la conversation. Sur son visage, Sylvia pouvait lire la colère, l’incompréhension, le désappointement que suscitait en elle ses propos. Elle prit une profonde inspiration, comme pour se donner du courage et pour faire renaître son autorité qu’elle sentait chanceler sous l’ironie narquoise de Sylvian.

-- Monsieur Ritteur, je crains que vous n’ayez pas compris la raison de ma présence. Je dois prendre les mesures nécessaires pour que votre secteur, votre land soit autosuffisant, et ce quel qu’en soit les conséquences pour vous ou pour tout autres dirigeants. Je veux dire par là que je n’hésiterai pas à vous traduire en justice, vous ou toute autre personne à l’encontre de mes décisions, et je suis prête à faire appel à l’armée. J’espère m’être bien fait comprendre, monsieur Ritteur, mais pour ne pas vous paraître trop intransigeante, je ferai en sorte d’oublier ce que vous venez de me dire, et pour ne pas vous entendre discréditer à nouveau les actions du WOE, je pense qu’il est temps, pour vous de regagner vos appartements, finit elle en se levant.

Sylvian prit son temps pour la rejoindre devant la porte ouverte. Il passa devant elle et s’inclina légèrement.

-- J’essaierai de tenir ma langue la prochaine fois que vous m’inviterez à dîner, j’espère ainsi ne pas être privé de dessert. Que la nuit vous soit profitable, Envoyée, qu’elle puisse vous apporter les éclaircissements nécessaires à une application de vos théories qui soient en parfaite harmonie avec la réalité.

Il s’esquiva, sans laisser le temps à la jeune femme de le menacer une nouvelle fois, et assez fier d’avoir eu le dernier mot. Petite victoire qu’il pensait bien devoir payer un jour ou l’autre. La journée de demain lui apparaissait comme un cauchemar, autant pour lui que pour elle.

Par Hestia - Publié dans : Terra Ecologica
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